Un Fablab à l'école ?

Un fablab à l’école : pourquoi / pour quoi « faire »?

Cette année le Proflab ouvre un nouveau « Grand Chantier » très ambitieux et qui, à coup sûr, aura besoin de plusieurs années pour atteindre son apogée.

La méthodologie Proflab est née, entre autres considérations, d’une réflexion autour du développement des Fablabs et de l’émergence d’une culture de « Makers ». Le proflab voulait faire prendre conscience à l’enseignant qu’il est en fait un artisan, un artiste, un bidouilleur, un hacker, capable de développer de son côté ses propres projets tout en co-construisant des prototypes dans un esprit collaboratif. C’est donc tout naturellement que la question de la création et de l’utilisation d’un vrai Fablab (https://fr.wikipedia.org/wiki/Fab_lab) au sein de l’école et à destination des élèves se devait d’être posée au sein du Proflab.

La problématique : élève et maker ?

Comment l’école peut-elle exploiter et intégrer dans son fonctionnement quotidien, et en synergie avec les disciplines traditionnelles, une part de « fabrication » dans le sens où l’entend le mouvement des makers et des fablabs ? Le doit-elle ? Le peut-elle ? Que pourraient y gagner les élèves et les enseignants ? Que pourraient-ils y perdre ? Plus précisément : s’il existe une vraie forme de pédagogie au sein des Fablabs (apprentissage entre pairs, importance de la transformation concrète de la matière, circulation des savoirs, diversités des curiosités et des participants, etc.) est-il pensable de faire d’un fablab un outil pédagogique parmi ceux que l’école utilise déjà ?

Le but de ce grand chantier n’est pas « seulement » de construire un fablab au sein de la cité mais cela va plus loin puisqu’il s’agit de poser, de façon critique et concrète, la question de l’exploitation « pédagogique » des Fablabs. On pourrait résumer l’esprit de ce grand chantier dans deux questions croisées :

Que peuvent apporter les fablabs à l’école ?

Que peut apporter l’école à la démarche des fablabs ?

Les enjeux :

Ils sont considérables.

Réfléchir au « faire » :

La démarche du « faire » doit pouvoir être enrichie d’une perspective qui dépasse les seules interrogations techniques, ou l’utilisation de telle machine ou de telle technologie. L’école peut permettre une prise de distance, une mise en perspective, une réflexion sur le sens, sur le but, la philosophie de ce « faire ». Parce que le « faire » ne doit pas être seulement guidé par la seule envie de « faire » (d’allumer des diodes ; de bidouiller des « trucs »). Le désir de technologie doit être approfondi d’une conscience critique, citoyenne et environnementale, de ce que peut et doit faire la technologie. Le fablab « investi pédagogiquement» par l’école est une formidable opportunité pour réfléchir très concrètement au « pourquoi / pour quoi faire » ?

Promouvoir les « valeurs » mises en avant dans les Fablabs :

Dans le même temps, travailler ne serait-ce qu’occasionnellement « en Fablab » serait l’occasion de mettre en lumière un certain nombre de valeurs et de pratiques délaissées par l’école.

Ces valeurs et ces pratiques typiques du mouvement « makers » sont multiples :

Le savoir travailler en commun, la capacité à engendrer son propre questionnement et à suivre sa propre curiosité, ses propres envies (plutôt que de suivre un programme fait pour tous), le développement de la créativité, le renforcement de l’autonomie, du Do It Yourself, la sensibilisation aux questionnements environnementaux via l’intérêt du recyclage des objets, de leur réparation, de leur hacking, la perméabilité entre des domaines artificiellement séparés par l’institution, l’apprentissage par prototypage, l’erreur, le hasard de la rencontre, de l’improvisation avec d’autres personnes etc.

Vers une communauté de makers ?

L’idée n’est pas de construire une communauté restreinte mais bien au contraire d’utiliser le « faire » pour briser les frontières parfois présentes dans les établissements et d’engendrer une communauté de « faiseurs » pour rebattre les cartes de « groupes » trop séparés.

- Entre disciplines « scolaires » et « non scolaires » :

Des synergies pourraient être développées : tel élève faisant un exposé filmé sur youtube en anglais, en allemand, en espagnol, et préparé en cours, présentant telle invention ou tel projet. Tel autre élève faisant un exposé, préparé en français ou en philosophie sur les raisons sociologiques qui l’ont poussé à développer telle idée. Bref un Fablab serait également investi par certains cours « classiques », il pourrait avoir un fonctionnement hybride : dans le temps scolaire et parfois hors temps scolaires etc. L’idée serait de défendre la création d’un fablab qui ne soit pas uniquement hightech mais également lowtech, numérique et non numérique, technique et artistique, faisant appel à toutes les ressources que l’on trouve sur une telle cité scolaire.

- Entre différents niveaux et différentes filières :

Un fablab pourrait créer un sentiment d’appartenance plus vaste à la cité scolaire et revaloriser les filières les unes aux yeux des autres. Les différentes filières se réuniraient autour de projets communs. Les filières scientifiques travaillant avec des filières « bois » pour certains projets par exemple. Tel projet artistique demandant un savoir-faire sur la matière, bois ou acier. Tel projet purement technique pouvant être enrichi d’une réflexion autour de l’esthétique et du design. Tel autre donnant lieu à une étude de faisabilité commerciale. Telle idée demandant une recherche documentaire approfondie pouvant être menée avec l’aide des professeurs documentalistes, etc. Concrètement filières professionnelles, commerciales, scientifiques, littéraires, collège, lycée, lycée pro, BTS pourraient trouver un terrain commun où « faire » ensemble. Certains élèves pouvant par là même occasion « goûter » à certaines des orientations qui s’ouvrent à eux.

- Au-delà même des murs de la cité :

Quels échanges organiser avec les associations de « makers » présentes sur le territoire ? Le Fablab de Redon et ses différentes antennes qui vont voir le jour ?

Quelle place pour les parents d’élèves et leurs compétences professionnelles ou privées ? Quel rôle pourraient jouer dans tout cela les professionnels, artisans, entreprises ?

Quelques idées ont d’ores et déjà émergé :

– Un inventaire des savoirs-« faire » internes à la cité.

Contrairement à de nombreux fablabs dans le monde qui doivent se battre pour obtenir un lieu, des financements pour les machines, etc., dans une cité scolaire comme Beaumont tout est déjà là. Quel Fablab pourrait rêver de posséder dès son ouverture de tels locaux, un tel parc de machines ? Et surtout, car c’est cela l’essentiel, un tel vivier d’intelligence, de savoirs, de volonté de transmettre. L’école est un lieu rare dans notre société et riche de compétences, de curiosité, et de disponibilité, de la part des enseignants, des agents, des élèves. On a trop tendance à l’oublier. Un fablab mettrait ces forces en évidence de façon très concrète.

Et pourquoi ne pas mettre en évidence ces compétences via la création d’une carte des Makers de la cité de Beaumont? Cet inventaire pourrait être réalisé par les élèves eux-mêmes ce qui leur permettrait de mieux connaître leur établissement et tout en le faisant mieux connaître. Et pourquoi ne pas aller plus loin et participer à la création d’une carte des « makers » à l’échelle de la communauté de commune et en partenariat avec le Fablab de Redon ?

– Associer l’ensemble de la cité :

Ce projet dépasse de beaucoup le cadre du seul Proflab. Le Proflab ne jouant dans ce grand chantier qu’un humble rôle d’initiateur, d’agitateur d’idées, de pollinisateur. C’est toute la cité scolaire qui pourrait bénéficier de ces questionnements d’où la nécessité de réfléchir avec l’administration (Chefs d’établissements, chefs de travaux, agents, etc) à ce qu’ils pensent possibles et souhaitables autour de ces interrogations : via la création d’un club ? D’une section particulière ? D’un partenariat avec le Fablab de Redon ? Au sein des classes ?

Le Proflab se propose de faire se croiser les différents acteurs qui pourront faire vivre ce questionnement autour du fablab et de l’école. Les gens du Fablab de Redon, la direction, l’administration, les enseignants, les élèves, etc. Nous réfléchissons aux meilleures modalités pour permettre des échanges riches et positifs.

Ce grand chantier ne fait que commencer, toutes les idées, toutes les énergies positives sont les bienvenues.

J.Collot